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le sportif de bas niveau

Lundi 2 juillet 2012 1 02 /07 /Juil /2012 18:41

A l'heure du bilan, hé bien allez, on chante une troisième fois avec eux. Dans deux derniers matches extrêmement intenses (contre le Portugal et contre l'Italie), la Roja a balayé toutes mes réticences et celles de Bûche. Peut-être pour élever son niveau de jeu lui fallait-il simplement trouver un adversaire à sa mesure, ce qui n'avait pas été le cas en quart contre la France? Les Espagnols ont montré en tout cas que, lorsqu'ils parvenaient à être décisifs, ils représentaient une machine à jouer sans équivalent en Europe et dans le monde et l'une des meilleures équipes de tous les temps.

 

 

 

 

 

 

Rester si longtemps au plus haut niveau ne récompense pas simplement une génération exceptionnelle, mais une formation de qualité, fondée dès le plus jeune âge sur le jeu collectif, la circulation de balle offensive, le pressing offensif. Les Espagnols continuent à produire à la chaine des petits gabarits hypertechniques et infatigables. Ils règnent aussi sur les catégories de jeunes. Peut-être leur domination ne s'arrêtera-t-elle pas là. Les voilà en route pour un quadruplé encore plus historique (même si leurs cadres, comme Xavi, auront dépassé la trentaine). Bûche se réjouit d'avance de les voir défier le Brésil sur ses terres dans deux ans, (se confronter aussi à l'Argentine de Messi). Jamais une équipe européenne n'a réussi à l'emporter en Amérique du Sud. Jamais une équipe n'a réussi à conserver son titre de champion du monde depuis le Brésil de 58-62. Ce serait un immense exploit que d'y parvenir : une perspective qui parviendra peut-être à les maintenir en vie pendant deux ans encore?

Sinon, cet Euro a confirmé le triomphe des collectifs soudés, comme le Portugal et l'Italie, dans lequel les attaquants brillants ou imprévisibles ont su se mettre au service du collectif et le collectif leur permettre de s'exprimer (Ronaldo, Balotelli en demi-finale). L'une des vérités du football, c'est qu'une équipe se constitue de cette alliance subtile entre la solidarité et l'individualisme. Sans grands joueurs, pas de grande équipe mais pas non plus avec seulement des grands joueurs (ou des petits joueurs qui se croient grands). Leçon à méditer en politique?

http://i2.cdn.turner.com/si/2012/soccer/06/28/italy-germany-euro-2012-mario-balotelli.ap/mario-balotelli-story-getty1.jpgL'Italie a-t-elle un avenir? Buffon, Pirlo, auront 35 ans. Mais elle a créé une belle sensation en demi-finale en explosant l'Allemagne. L'image de Balotelli enlevant son maillot pour fêter son deuxième but a paru totalement ridicule à Bûbûche et moi, elle m'a marqué. Il n'y avait pas là que le narcissisme naïf d'un de ces nouveaux gladiateurs, aussi brillants avec leurs pieds que nuls avec leur tête. Non, il y avait aussi un corps noir imposé à l'admiration de ses supporters dont certains lui jetaient des bananes quelques semaines encore auparavant. 

Et l'Allemagne? Bûche pensait assister à la passation de pouvoir entre la Roja et la Mannschaft. Impressionnante de maturité pendant les quatre premiers matches, sombrant en trente minutes lors du cinquième. C'est fragile, la progression d'une équipe : une mi-temps de déconcentration peut ruiner quatre ans de travail. Cette nouvelle Mannschaft, plus latine, plus brillante, plus fragile que ses devancières, saura-t-elle se reconstruire après cet échec? Et parvenir enfin à dépasser son syndrome des demi-finales? 

Et la France? Après la démission de Laurent Blanc, l'horizon s'assombrit. Il fallait de la continuité, on l'a gâchée, on avait un entraîneur "normal", il aura tenu deux ans. Assez français, tout ça finalement. Le résultat sportif est pourtant conforme à ce qu'on pouvait attendre : ces Bleus encore bleuets sont à leur place, entre la 8ième et la 5ième européenne. Ni glorieux, ni infâmant. Le débat se focalise sur le mauvais comportement de Nasri et consorts. Mais l'on sent bien que se joue-là quelque chose qui a rapport avec l'état de notre société et de notre projet collectif global (ou de notre absence de projet). Des ados mal élevés, des racailles de banlieue, des jeunes, des Arabes, des trop riches : il y a un peu de tout cela, qui ne concerne pas que le foot et qui exprime certains des clivages  de notre société, dans la rancoeur de l'opinion publique contre la fameuse "génération 87". Blanc joue le rôle de l'ancien bon élève devenu prof compétant mais sans autorité. Blanc joue le rôle du vieux face à ces jeunes mal élevés et que l'on ne supporte plus. Et Blanc joue le rôle... du blanc.

Mais de se concentrer ainsi sur le comportement de quelques jeunes adultes aussi immatures que surmédiatisés nous évite peut-être d'avoir à nous poser quelques questions de fond : pourquoi notre formation ne produit-elle que des joueurs parfaits du point de vue de la technique et du physique individuels, mais sans aucune ressource mentale ni collective? Ne serait-il pas temps de la faire évoluer? Les ados de nos banlieues sont tels que nous les avons formés (ou laissés se déformer). Pareil pour les joueurs de l'équipe nationale. Autre question : avec les joueurs de cette génération-là, que faut-il faire pour, dans quatre ans, être en mesure de gagner le championnat d'Europe qui aura lieu en France? Le changement, c'est maintenant. Dans quatre ans, c'est aujourd'hui. Voilà encore une vérité que nous apprend le football : une équipe, ça ne nait pas le jour d'une grande compétition, à la lumière déformante des media. Ca mets du temps à naître, à mûrir, quatre ans au moins, parfois six. Autant qu'un grand livre ou que l'univers d'un metteur en scène. J'aime bien cette vérité du mûrissement, cet éloge de la lenteur, que continuent à envoyer sans se lasser à notre époque de rapidité, le football et les autres sports collectifs (dont la télé ne nous montre jamais que les sprints et les gestes d'acrobate). En ça aussi, je vois un rapport avec l'art.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le sportif de bas niveau
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Dimanche 24 juin 2012 7 24 /06 /Juin /2012 16:41

 

Hein, quoi?... Bûche a été obligé de me secouer hier à la fin du quart de finale. C'est déjà fini? Putain, je me suis endormi. Il y a combien, 2-0 ? Ben ouais, rien à dire, pas vrai? Ils ont été nuls, c'est ça?

 

 

 

 

 

Non, Bûche est moins sévère que moi, d'après lui, ils n'ont pas été nuls. Dans sa propre carrière internationale, brillante s'il en fût, il lui est déjà arrivé de tomber sur des équipes comme l'Espagne. Et c'est terrible de cavaler en vain sans jamais voir le ballon. On demandait à cette équipe nationale de juniors d'avoir une réaction collective, et d'une certaine manière, ils l'ont eue : ils ont cavalé sans rechigner, tenté de résister, par instants même se sont révoltés. Donc une élimination sans surprise et un mieux par rapport à la débacle imprévue de la Suède.

Le problème, c'est qu'ils ont joué ce match pour ne pas le perdre et non pour le gagner. La faute aussi à Laurent Blanc. Deuxième compo de suite où il nous fait une Domenech. D'abord contre la Suède : intégrer tous ses petits individualistes en espèrant qu'ils s'amuseront à jouer ensemble. Erreur : il faut choisir ceux qui ont envie de faire partie d'une équipe. Ensuite contre l'Espagne  : un choix audacieux ne consiste pas à mettre un arrière droit ailier. Ni à se contenter de faire déjouer l'adversaire au lieu de chercher à imposer notre jeu. Deuxième erreur : il faut prendre le risque aujourd'hui de se prendre des branlées en tentant de jouer face aux plus grandes équipes, parce que c'est le seul moyen de gagner demain, c'est à dire dans quatre ans. De l'audace, toujours de l'audace, rien que de l'audace. Plus très française, cette maxime, on dirait.

Bon, comme on a coupé le cou à Danton depuis longtemps, et qu'on n'en a pas d'autres sous la main, il ne faut pas couper celui de Laurent Blanc. D'après Bûche, il reste l'homme de la situation. Mais il a beaucoup de pain sur la planche : l'attitude globale, le côté droit, la défense centrale, et aussi sa propre capacité à faire des choix cohérents.

Quant à l'Espagne, ce non-match confirme le précédent. Autant Bûche et moi, nous l'avions aimée en 2008 et 2010, autant aujourd'hui elle nous ennuie. Avant, elle préparait longuement ses attaques, maintenant il ne reste plus que la préparation. Elle nous fait le coup du boa constrictor. De l'air, de l'air! Elle met tout son savoir-faire collectif à anesthésier élégamment son adversaire pour lui subtiliser son portefeuille sans qu'il y ait eu la moindre violence ni le moindre match. C'est du grand art et d'un ennui mortel, pour ses spectateurs comme pour ses adversaires. Iniesta et consorts, naguère aristocrates du jeu, épuisés par des saisons trop longues où ils ont dilapidé toute leur folie, sont devenus des Milords l'Arsouille, les rois du chloroforme.

Bûche espère qu'ils vont perdre contre les Portugais, pas vraiment par admiration pour ce crétin testostéroné de Ronaldo, mais parce que, si jamais ils parviennent en finale, les Espagnols pour réaliser leur historique triplé, transformeront la finale en un sommet tactique de non-jeu. Et ils ont le talent suffisant pour l'un comme pour l'autre. Alors à bas l'Espagne, vive l'Allemagne, me dit-il, parce qu'il est comme tout le monde, et qu'il aime bien brûler ce qu'il a adoré. Je me range à son avis. Footballistiquement. Parce que politiquement (à cause de la récupération à venir de Tati Merkel et du Bild), ça me fait vraiment chier de dire ça! 

Par christophe bouquerel - Publié dans : le sportif de bas niveau
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Jeudi 21 juin 2012 4 21 /06 /Juin /2012 19:42

Les vrais amateurs de foot comme le Bûcheron se régalent et moi, je m'ennuie parfois. Même en regardant l'Espagne. Un championnat d'Europe, les joueurs disent que c'est une compétition plus dificile qu'une Coupe du Monde, parce que le niveau est plus homogène. Voilà, exactement, c'est le mot juste, tout ça est plus comment dirais-je homogène. Ca manque d'Africains, un championnat d'Europe, dans le fond. Pourtant des Noirs, il y en a plein dans beaucoup d'équipes, (il y a même un ancien Brésilien dans celle de Suède ou j'ai rêvé?) mais ils sont tous devenus blancs dans leur jeu,  tous parfaitement européanisés. Ca manque de Coréens virevoltants (vous savez, ceux dont notre Thierry Roland national trouvait qu'ils se ressemblaient tous, un jour où lui ressemblait franchement à un con, ce qui pouvait lui arriver, disons, parfois). De chicanos amateurs de toqué. De Kiwis qui jouent au rugby même au foot. Ca manque de disparate, voilà. Ces équipes, elles sont toutes super organisées, super performantes, super un peu chiantes. Super un peu européennes.

En revanche ce qui m'amuse, c'est la relation entre la compétition sportive et la situation politique actuelle. Les PIGS, ceux que les milieux financiers qui mènent le monde (à sa perte selon toute vraisemblance) appelent par dérision les cochons, Portugal, Italie, Grèce, Espagne, les maillons faibles de l'Europe, hé bien ils sont tous en quart de finale. Tous très solides. Et ils vont tous essayer d'empêcher l'Allemagne d'étendre son leadership sur le football. Quel symbole, ce quart de finale entre l'Allemagne et la Grèce : une Allemagne généreuse dans son jeu tentant de faire sauter le verrou d'une Grèce arc-boutée sur sa solidité défensive et d'un réalisme impitoyable, bref... merkelienne. 

Il y a aussi l'Angleterre. Très "City" : conservatrice, traditionnelle, stéréotypée, mais pleine de fighting spirit. La Tchéquie, dont personne ne parle peut-être parce qu'il n'y a rien à en dire, l'unique représentante à surnager de l'ancien bloc de l'est.

Ah oui, et puis il y a aussi de nouveau la France. Mais plus pour très longtemps, d'après ce que j'ai compris?

Par christophe bouquerel - Publié dans : le sportif de bas niveau
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Mercredi 20 juin 2012 3 20 /06 /Juin /2012 09:33

Le Bûcheron est tellement furieux contre l'équipe de France de football qu'il nous en a presque fait rire hier soir. Il ne décolère pas : à cause de cette bande de paltoquets, il a été humilié! A son âge, à plus de cinquante ans, et dans son état physique, les lombaires en morceaux, ce n'est vraiment pas agréable d'être piétiné par une horde de malabars suédois ravis de bouffer du coq avant de remonter sur leurs drakkars. Et ceci juste au moment où il commençait à reprendre courage, grâce à la belle victoire sur l'Ukraine, et à oublier un peu le psychodrame de Krysna.

Heureusement qu'il y a eu le chef d'oeuvre d'Ibracadabra pour lui tirer un "oh" d'admiration et le faire planer quelques instants sur les ailes du geste parfait.

 

 

 

 

 

Ceci dit, et à notre grande surprise, il continue à trouver que Laurent Blanc fait du bon boulot depuis deux ans. Et il persiste, même après ce désastre, à avoir confiance dans le potentiel de notre équipe. C'est beau de croiser un vrai supporter. Quelque chose comme un illuminé de la foi, l'un des derniers spécimens qu'est capable de secréter notre monde moderne. Il proteste : lui n'a jamais pensé, même après l'Ukraine, qu'elle pourrait être championne d'Europe cette année. Il la voit plutôt capable de réussir quelque chose à la prochaine coupe du monde au Brésil ou même... lors du prochain championnat d'Europe (dont il me rappelle qu'il aura lieu dans quatre ans en France et qui est le vrai objectif). Quatre ans, ce ne sera pas de trop pour rebâtir quelque chose de solide, tant ces soi-disant professionnels sont d'une immaturité affolante. Le professeur Normal lui dit qu'elle lui rappelle celle de ses ados : une perception du temps limitée à environ trois jours (et, pour certains d'entre eux, à trois minutes), une conscience des enjeux d'une compétition qui se réduit le plus souvent à réciter quelques phrases convenues devant les journalistes, comme un lycéen de base en début d'année. 

Mais, persiste Bûbûche, cette équipe a du potentiel. D'après lui, elle est à la croisée des chemins : soit elle continue sur la voie de l'Ukraine, équilibre de l'équipe entre le côté droit et le côté gauche, talent individuel mis au service d'un collectif solidaire, et, malgré ses failles actuelles, en défense notamment, elle pourra progresser et devenir redoutable dans deux ans; soit elle continue sur le chemin de la Suède, dilletantisme, individualisme, lenteur, manque d'impact physique en défense, et, en attaque, cinq ou six solistes massés dans les trente mètres, chacun essayant de faire son dribble à l'arrêt. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que les deux potentialités existent en elle à part égale. C'est ça qui rend le match de samedi contre l'Espagne passionnant aux yeux de Bûche : pas tellement pour le résultat, ni pour la qualification (d'après lui, ces Bleus sont trop verts) mais pour l'état d'esprit. Est-ce qu'ils vont être capables de se rebeller et surtout est-ce qu'ils vont être capables de se rebeller tous ensemble? Est-ce qu'ils sont capables d'avoir la rage? De ne pas craquer mais de faire front, et pendant 95 minutes? Est-ce qu'ils sont capables d'être un peu Suédois, un peu Croates, un peu Italiens, tout en ajoutant à cette rébellion collective deux ou trois charges de cavalerie à la française?

Intéressant : cette génération est (comme nous) à un carrefour, lequel de ses deux destins possibles, l'ukrainien ou le suédois, va-t-elle emprunter?

Réponse samedi à 20h30 conclut le Bûcheron.

Comme j'ai envie de l'embêter, je luis dis : "ou plutôt à 22h45."

Mais il hausse les épaules :"tu sais, on le saura très vite, au bout de 2 ou 3 minutes de jeu à peine. Là, trente secondes avant le coup d'envoi, on avait déjà tout compris. Quand on a vu ce petit couillon de Nasri en train de déconner avec Benzéma tandis que deux Vikings d'un mètre 90 le regardaient en sortant leurs massues!"

Par christophe bouquerel - Publié dans : le sportif de bas niveau
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 22:28

 

 

Bon, ils ont perdu la finale mais ils ont largement regagné notre respect, celui du Bûcheron et le mien (qui leur manquait tant)! Dès le Haka et le "Contre Haka" (spécialité française). La plus belle revanche des "sales gosses" : un vrai match de guerriers. 

Je dis à Bûbûche que les Bleus méritaient de gagner cette finale mais il m'explique que les Blacks méritaient de gagner cette Coupe du Monde depuis 4 ans. En tout cas, il a vu les trois finales jouées par la France et c'est la première où le Bleus ont vraiment eu une chance de gagner, où ils ont montré qu'ils pouvaient le faire.

- Donc, je lui demande, on progresse alors, de douze ans en douze ans? A ce rythme-là, on a une chance de gagner celle de 2023?"

Bûcheron m'explique qu'on pourrait tout à fait gagner celle de 2015, mais que, pour ça, il faudrait que les Français arrivent à travailler dans la continuité et non pas dans la rébellion d'un mois de compétition. Que le monde du rugby français se mobilise dès demain matin pour gagner la prochaine Webb Ellis, que la Ligue et la Fédération, que les clubs et l'équipe de France tirent dans la même direction? Mouais, hé ben ça va être encore plus difficile et plus douloureux et plus improbable que pour cette équipe de parvenir en finale. Allez, bon courage, monsieur Saint-André...

Par christophe bouquerel - Publié dans : le sportif de bas niveau - Communauté : Autour du Sport
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