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le nectar et l'ambroisie

Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 12:56

 

http://www.colline.fr/pics/0.585434001308225857.jpg

 

 

Après « We are la France » (que j’ai vu dans la salle de théâtre de mon lycée) et « We are l’Europe » (au Théâtre 71), Benoit Lambert ajoute un troisième (et dernier ?) opus à sa Suite Masséra avec « Que faire ? (le retour) » présenté au théâtre de la Colline.

Spectacle qui m’a moins enthousiasmé que « We are l’Europe » mais que j’ai néanmoins trouvé extrêmement jouissif.

« Que faire ? », titre d’un célèbre manuel révolutionnaire écrit par Lénine dans les années 20 et l’une des bibles de l’agitation d’extrême gauche dans les années 60. Et « (le retour ») comme dans les sequels des films d’action de série B des années 80 à aujourd’hui. Dès le titre, mélange iconoclaste entre une pensée politique et une esthétique du divertissement populaire qui caractérise bien à la fois ce spectacle et l’ensemble du théâtre de Benoit Lambert.

Dans les deux précédents opus, il s’agissait de se bricoler une morale de la résistance par le détournement des formes imposées du consumérisme contemporain et de la globalisation, en gros, « je fais servir à ma liberté ce que le commerce m’impose et que je ne peux pas refuser ». Ici, il s’agit de faire l’inventaire de ce que notre culture (de gauche) nous a imposé comme figures de la liberté. La révolution française, on garde ou on jette ? Et la révolution russe,  avec ce problème gênant du titola, du tolati, du toralitatisme ? Et Mai 68 ? Et les happenings de l’art moderne ?

Même si les perspectives sont différentes, je vois une continuité plutôt qu’une rupture entre ce spectacle et les précédents : dans les deux cas,  il s’agit de s’autoriser une récupération personnelle de formes imposées, celles de l’oppression mercantile comme celles de la libération politique. Que faire avec le trop plein du commerce actuel comme avec le trop vide de la politique actuelle ? Avec la globalisation d’un côté et l’atomisation de l’autre ? Récupérer, oui,  mais pour faire servir à un autre usage qui serait le nôtre. Ici, ce que l’on nous propose de nous réapproprier, c’est l’héritage politique des années 68. Le bon moyen d’assumer un héritage sérieux, c’est de l’accepter mais de le « coller » à une forme ludique contemporaine (ce qui permet de n’être dupe ni de l’un ni de l’autre). Prendre sérieusement sans prendre au sérieux. Il me semble que c’est aussi de cette façon là que Benoit Lambert aborde les classiques, il y a quelques années le « Misanthrope ou Musset dans les « Enfants du Siècle ». D’où un théâtre ludico-intellectuel, qui peut agacer parce qu’il ne rentre pas dans les bonnes cases, qui peut paraître à certains de la facilité mais que j’adore parce que j’en ressens au contraire la nécessité.

Finalement, de l’inventaire sardonique proposé par Masséra dans un des dialogues de « We are l’Europe » qui n’avait pas été retenu dans le précédent spectacle, il ne reste plus ici grand chose, ou une sorte de matrice. Car Lambert pousse très loin son esthétique patchwork : il joint au dialogue de Massera des extraits d’un fondamental Descartes (« maintenant donc que mon esprit de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions », wouahow !), d’un Maupassant étonnamment rageur et moderne, d’un Flaubert génialement atrabilaire et subversif, d’un Vaneigem qui n’a finalement pas si mal vieilli que ça, et d’autres textes que je n’ai pas identifiés mais que je me suis pris en pleine poire, tant ils font du bien à entendre. Et puis des chansons, beaucoup, comme dans « We are l’Europe ». Ce va et vient entre texte et chanson peut paraître systématique, d’accord, mais il empêche le spectacle (et Lambert ?) de sombrer dans l’intellectualisme auto-référencé qui pourrait le menacer. Oui, ça réfléchit dans les spectacles de Lambert, mais ça déconne aussi, et c’est pour ça que je les aime. D’ailleurs, ces chansons sont belles et j’ai eu plaisir à les entendre parce que je n’avais pas la chance de les connaître.

Par exemple, Anne Sylvestre "Les gens qui doutent" (1977)

 

 

 

 

ou Mouloudji "Faut vivre" (1973)

 

 

 


Ces chansons-là, comme les textes, elles nous posent la question : « que faire ? ». Question dont je ne sais pas si elle plus poétique que politique, plus individuelle que collective mais en tout cas urgente.

Ce collage de textes et de chansons est cousu de fil blanc (et rouge) dans une sorte de fable réjouissante. On commence par le réalisme le plus étroit, un homme et une femme réunis/séparés dans une cuisine et une vie qui n’occupe pas plus d’un tiers de leur espace mental. Elle revient de faire les courses et lui répare une radio. Ce serait le couple de « Grado » mais qui serait revenu de ses vacances ou pas encore parti. S’ils ont l’âge d’avoir connu Mai 68, ils ne s’en souviennent plus depuis longtemps. Les deux comédiens qui les incarnent, Martine Stambacher et François Chattot, sont évidemment d’une génération antérieure à celle des trentenaires de la bande de « We are l’Europe » mais ils font preuve de la même jubilation à incarner le délire. Voir ces deux sexagénaires prestigieux se jeter à corps perdus dans cette loufoquerie jouissive, cette régression dans un temps plus libre, est l’un des plaisirs que l’on peut éprouver à voir le spectacle. Ils parviennent à faire de leurs silhouettes deux personnages, la femme plus « révolutionnaire » et l’homme plus « réformiste », puis le réalisme éclate, ils envahissent les deux tiers vides de la scène et de leur imaginaire avec un entassement de bouquins à garder ou à jeter

 

http://www.ruedutheatre.eu/uploads/article_1383_text_que-faire-le-retour.jpg

                                                    (photo trouvée sur "Rue du théâtre")

 

pour finir par embarquer leur vieux couple en pleine crise d’inventaire dans une succession de happenings de plus en plus libératoires, d’une recette distroy de pâtisserie féministe à un play-back délirant sur Nina Hagen jusqu’à la fabrication de cocktails molotovs. Comme au bon vieux temps ? Bon, ceux d’aujourd’hui sont à base de vin blanc et de papier d’imprimerie, plutôt que d’essence et de chiffon, mais, après tout, ce n’est (peut-être) qu’un début, comme disaient quelques autres. Qu’importe le cocktail Molotov, pourvu qu’on ait l’ivresse de la libération ?

 

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 21:38

...  tout à l’heure au bar du Théâtre 71 pour préparer « Lycéens à Avignon » où j’emmènerai une vingtaine d’élèves pendant quelques jours lors du festival.

http://www.theatre-contemporain.net/images/upload/jpg/6413040633.jpgFisbach est un type d’une quarantaine d’années, élancé. La finesse de la barbe et des traits évoque un intellectuel des années 30. Quelque chose de gracieux et de presque désuet dans l’apparence mais une intelligence pleine d’autorité. A la fin de la rencontre, il évoquera brièvement son parcours : sa découverte du théâtre au collège grâce à une prof de français (comme quoi !), son bref passage sur les bancs d’une fac de médecine, puis le Conservatoire, où il rencontre Nordey, enfin la mise en scène qui l’amène peu à peu à renoncer au métier d’acteur.

Surtout, il nous raconte l’histoire de sa mise en scène de  Mademoiselle Julie de Strindberg qu’il a créée l’année dernière au Japon et qu’il remonte cette année en France avec Juliette Binoche et Nicolas Bouchaud, l’acteur fétiche de Sivadier. Ce ne fut d’abord qu’une commande du directeur du théâtre de Shizuoka : lui n’aimait guère le texte (plus habitué aux « poèmes dramatiques », il ne se sentait pas fait pour les pièces « normales ») mais en a découvert la profondeur au fur et à mesure du travail. Intéressante cette idée que les oeuvres qui nous transformeront en profondeur peuvent nous être données, non par nos préférences de surface, mais par le hasard, pour peu que nous lui restions ouverts.

La première partie de son spectacle montre la fête pendant laquelle Julie et Jean, au milieu d’une quinzaine de personnes, dansent, boivent, parlent et,  poussés par la nuit, font l’amour (en une ellipse pudique). Mais la deuxième partie est resserrée sur les personnages principaux : maintenant qu’ils l’ont fait, qu’en faire ? Comment transformer le désir en amour ? Peut-on échapper à son milieu, à sa vie toute tracée, à sa classe ?

Ces questions peuvent toucher directement les adolescents auxquels il s’adresse. Mais dans son discours plusieurs autres phrases frappent plus particulièrement le quadragénaire que je suis : ce que la pièce raconte, pendant cette nuit de fête, c’est toute l’histoire d’un couple, depuis sa naissance, dans l’éclat de la rencontre sensuelle, jusqu’à sa mort. Ce que certains vivent en plusieurs années, ou en plusieurs décennies, ces deux-là vont le vivre en une seule nuit. Le metteur en scène a choisi aussi de vieillir Julie, qui est âgée de 25 ans dans le texte de Strindberg, et qui, dans cette version, en aura 40 ans. Une femme donc qui aura déjà vécu des relations amoureuses et qui se trouvera confrontée au problème urgent du choix. Ne pas être en couple à 40 ans, ce n’est pas la même chose aujourd’hui que de ne pas l’être à 25. La pression sociale n’est pas la même. Ce sont ces déplacements de l’actualisation qui permettent de retrouver les enjeux profonds de la pièce.

 

 

 

 


Nos élèves l’écoutent, un peu intimidés, intéressés ? Nous verrons bien en Avignon ce que ce spectacle leur aura raconté « en vrai »…

Fisbach nous donne aussi des nouvelles du Japon, pays qu’il connaît très bien, dont il revient, et où moi je ne suis pas retourné depuis vingt ans. Ce qu’il en dit m’étonne beaucoup parce qu’il ne me semble pas en avoir entendu vraiment parler dans les media. D’après lui, la catastrophe de Fukushima est en train d’entrainer un bouleversement des mentalités, une remise en cause profonde du système politique qui a été imposé aux Japonais depuis la fin de la seconde guerre mondiale sans qu’on leur demande jamais vraiment leur avis. J’aimerais qu’il ait raison et que les Japonais se mettent à bouger comme les Arabes ce printemps. Il évoque aussi au détour d’une phrase une loi qui va passer pour obliger chaque foyer japonais à l’indépendance énergétique, entrainant inévitablement le développement des énergies nouvelles et la fin du nucléaire. Ce que j’ai retenu de cette allusion, c’est que le Japon s’apprête à prendre le même tournant que l’Allemagne, le tournant du vingt-et-unième siècle que la France est en train de manquer. Nous, nous continuons tout droit notre petit bonhomme de chemin entamé depuis les années 60, bien gentiment, sans nous poser vraiment de questions. Droit dans le mur ? Un peu triste de constater que beaucoup de monde a l’air de se mettre en mouvement tandis que nous restons scotchés, peut-être même repartons-nous en arrière (me disais-je en écoutant ce matin à la radio Marine Le Pen tenter de ne pas trop faire patte blanche) dans les années 80 ? A quoi est-elle due, cette difficulté à nous saisir des enjeux actuels ?

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 23:51


Ah bon, il paraît que chacun des deux membres du duo a fait parler de lui dans la presse people ces derniers temps, l’américaine Allison Mosshart s’acoquinant avec Jack White et l’anglais Jamie Hince devenant le futur mari de Kate Moss (ce qui les amène  effectivement assez loin de leur nom et de leur éloge initial de la rébellion sanglante à la Audrey Maupin et Florence Rey)? Mais… on s’en fout ! L’essentiel, c’est que trois ans après, The Kills sortent un nouvel album de tueurs, qui frappe aussi fort que « Midnight Boom » en 2008, et ce n’est pas peu dire. Je ne me lasse pas de l'écouter.

 

 

 

  (video postée par ChloeQueenoftheMods)


La première chanson, "Future starts slow", sonne dès la première écoute comme un standard. Pas un banal tube, un standard.

Les percussions lourdes.

Le rif de guitare saturée.

La voix qui feule.

Les paroles. Sans lyrisme (comme dans le dernier album de P.J Harvey), sans fioritures. Souvent des bouts de phrase, pour rester le plus près possible de l’émotion qui les a produites. Une dérive de nuit dans une ville, quand il faut baisser la vitre pour boire une goulée d’air frais et reprendre ses esprits.

"You can blow what’s left of my right mind".

 

 

 


Même impression d’être directement dans l’essentiel avec « Satellite ».

Ou avec « The heart is a beating drum ». « DNA » bien sûr. «Baby says ». « Damned if she do ». « Pots and pans ». En fait, on peut toutes les citer.

Une ou deux chansons douces aussi, pour créer la surprise. « Wild charms ». «  The last good bye », pas de guitare disordue, cette fois, juste un clavier et une voix grave.

 

 

 


Les Kills sont une boussole. Ils m’indiquent sans faiblir le Nord magnétique de la musique que j’aime (plus je vieillis, plus je l’aime). Fidèles en 2011 à ce quelque chose de sexy, d’intense, de rebelle, de malsain, de crade, de classe, de sombrement dandy, d’irrécupérable, ce quelque chose qui, un jour de 1957, a fait se dresser les poils sur l’échine du jeune Keith Richards la première fois où il a entendu Elvis Presley à la radio. Ce quelque chose qui s’appelle rock’n roll.

 

 

 

 

(video postée par plugin 93)

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 16:29

 

 

 

 

(Vidéo par d'après "The Old Man and the Sea" by Aleksandr Petrov.)

 

 

D'abord une voix. Surprenante, envoûtante. Voix de tête, très haut perchée, mais nasale  aussi, qui donne à la moindre phrase énormément d'intensité et d'intériorité. Les mélodies sont belles, les orchestrations folks mais puissantes.

Ce James Vincent Mac Morrow signe un très beau premier album. Les onze chansons s'écoutent en boucle.

 


This old dark machine
 

 

spring it came upon us,
every insect filled the air
dropped their wings upon my brother,
cast their shadows on his hair

if we follow where they're leading,
we will surely come before
some unseen and wondrous magic
made of visions to explore


chorus

near the town where we were living
was an old abandoned farm
every year we'd plant an orchid
in the shelter of it's arm
to protect us from the madness
of the future still to come
it will be like this forever
I will keep you safe from harm


then they caught us in the summer
dressed in fathers finest clothes
you the hat he wore to market
I the jacket filled with holes

I've been searchins all these hours
for a hand as pale as bone
that would keep the strongest sunlight
and reflect the brightest stone
chorus 2

near the town where we were living
was a warm and fragrant smell
of the orchid we had planted
now a forest tall and well
what a statue to our greatness
what a story all will tell
they'll remember us forever
they'll remember where we fell
bridge

this old dark machine, it shakes and it shudders
pulls to the left, then dies near the gutter
but still in the road, the traffic is silent
the people they stare, and then they turn violent
if they should touch the hem of your dress
I would rise like a lion, strike out again
the faithful they wait, the faithful they wait
by the sign


near the town where we were living
came a loud and joyous sound
as the earth and all her beauty
picked us up from off the ground
carried far across the mountain
to a kingdom never bound
we will live like this forever
I will love you
I will love you
I will love you

 

 

 Et puis j'aime bien ce que je lis sur lui. Batteur, fan de hard rock, il découvre les groupes des seventies comme CSNY, et le hip hop. Il passe plusieurs années à apprendre à jouer de plusieurs instruments et à bidouiller des sons pour pouvoir se débrouiller seul et obtenir exactement ce qu'il désire. Il part alors s'isoler dans une maison sur la côte irlandaise pour écrire ses chansons et les enregistrer.

 

 

 

Follow you down to the red oak tree (live)

 

 

 

 

follow you down to the red oak tree
as the air moves thick through the hollow reeds
I will wait for you there until someone comes
to carry me, carry me down


see I have not I have not grown cold
I have stole from men who have stole from those
with their arms so thin and their skin so old
but you are young, you are young, you are young


then somebody laughs like it's all just for hell
as though we could not be saved from the depth of the well
but the cloth that I make is a cloth you can sell
to pay for the gossamer seed


names get carved in the red oak tree
of the ones who stay and the ones who leave
I will wait for you there with these cindered bones
so follow me follow me down
follow me follow me down
follow me follow me down
follow me follow me down



Ce jeune Irlandais de 24 ans, à l'apparence fruste, barbu et mal fagotté, délivre un discours subtil sur son processus de création. Il n'a au départ qu'une vague idée de ce qu'il veut faire. Il "laisse la musique se révéler au fil des jours et des semaines, comme une sculpture qui prend forme à chaque coup de ciseau. A partir de quelques accords très simples qui se transforment en mélodies peu à peu. Tout reflue et coule comme le mouvement de l'océan, en emportant les chansons vers une fin inévitable." Même chose pour l'écriture des textes. Des phrases, parfois simplement des mots qui jaillissent à l'écoute de la musique, puis qui finissent par s'organiser pour composer une histoire.

Ce n'est qu'une fois l'album achevé qu'il s'est rendu compte que le thème qui habitait toutes les chansons était le changement. Les deux ans qui avaient précédé ce moment de composition solitaire l'avaient vu vivre, dans sa vie personnelle, d'un point de vue physique, émotionnel et spirituel, une métamorphose. Mais en traçant ce sillon  intime le jeune homme a retrouvé avec un instinct très sûr la portée universelle du folk, les thèmes vieux comme le monde du départ, de l'arrachement, des transhumances intimes, de la fragilité des êtres et des amours, de la violence menaçante des hommes, de la puissance grouillante de la nature.

 

 Down the burning ropes

 

 

 When the hills let go
Slowly fade into the water like some ancient lover
On a ship filled with ghosts
It's something to behold

When the paper thin girls
With twisting little braids in their hair,
They take off their coats and throw
Pebbles and stones from the side of the boat,
Crying out
The stones they float, the stones they float
Oh my God, the stones they float, the stones they float

Down the burning ropes
Past the places where the steal beams meet concrete skies
You make your bed under the moonlight
I think it's time we said goodbye

Cause nothing moves in the warm air
And words that once would cut like a knife,
They just hang in the cloud and you're
Pushed by the lord,
But you're pulled by the crowds and
You're overboard, you're overboard
Oh my God, she's overboard

My love she's overboard
She's overboard
My love she's over board

Not a shell unbroken
In the valley where my heartache and the timbers lay
It's not the time to be hanging around here
You know what some might say

That people get too reckless
That even with the simplest of crimes
They leave, blood behind,
As I clean the knife for the very last time
I think she knows, I think she knows
Oh my God, I think she knows

I think she knows

 

Je ne sais pas ce que deviendra ce jeune homme doué. Peut-être assiste-t-on à l'éclosion du Neil Young de la génération nouvelle?
Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 22:42

http://www.lacastine.com/IMG/jpg/folie_ordinaire01.jpg

 

 

J’ai saisi au vol « Petites Histoires de la Folie Ordinaire » de Petr Zelenka, mises en scène par le collectif DRAO au studio Casanova, la 2ième petite salle du Théâtre des Quartiers d’Ivry. Spectacle que j’avais manqué lors de sa création il y a quelques mois.

J’aime beaucoup le DRAO. Je les ai découverts avec leur premier spectacle, « Dernier Remords Avant l’Oubli », dont l’humour, l’énergie, la justesse mise à servir la musicalité du texte m’avaient emballé. Ensuite, j’ai eu la chance de voir Fatima Souahlia-Manet intervenir dans l’option de théâtre dont je m’occupe, pour faire travailler à mes lycéens « Peanuts » de Fausto Paravidino, et j’avais été convaincu par son écoute des propositions de ces jeunes comédiens novices. 

DRAO m’intéresse aussi à cause de leur étrange mode de fonctionnement. Un collectif formé de 7 comédiens qui se sont rencontrés à l’occasion d’un stage (sur « Derniers Remords Avant l’Oubli », d’où leur nom) et qui, depuis, choisissent les textes et élaborent leurs mises en scène ensemble, sans metteur en scène attitré. Or, ce qui est frappant, quand on voit leurs spectacles, c’est l’unité artistique qui s’en dégage. Je me demande  toujours comment ces sept personnalités parviennent à aller dans la même direction. Je crois aussi que chacun prend en charge une part de la promotion et de la production. Cette idée de « collectif » me paraît être l'une réponse que peut fournir le théâtre contemporain à ce manque taraudant l’ensemble de nos sociétés.

Une façon pas très française de travailler = comme un collectif d’artistes berlinois ?

Pas de metteur en scène qui dispose  seul de la vision, pas de comédiens recrutés pour leur capacité à incarner avec malléabilité cette vision personnelle d’un créateur unique, à qui ils prêtent leurs corps et leurs voix, pratique qui peut d’ailleurs donner de très beaux résultats (comme «La duchesse de Malfi» que j’ai beaucoup aimé cet hiver).

Autre raison d’aimer DRAO. Ils me permettent de découvrir des auteurs très contemporains qui tentent chacun à sa façon de dire la déréliction de l’Europe d’aujourd’hui. Après Lagarce, ce fut « Push up »  de l’autrichien Roland Schimmelpfennig, peinture au vitriol des frustrations générées par le monde de l’entreprise. Puis « Nature morte dans un fossé » de l’italien Paravidino, vision brute de la société et de la famille, flirtant avec le polar et avec la tragédie grecque. De ces spectacles, j’ai gardé le souvenir d’ambiances métalliques pour l’un, de lumière noire pour l’autre, de quelque chose de fiévreux et d’actuel.

Aujourd’hui, c’est Petr Zelenka, dont je n’avais jamais entendu parler avant ce spectacle. « Petites histoires de la folie ordinaire » est la première pièce, écrite en 2001, de ce cinéaste tchèque. Elle raconte l’histoire de Petr, un jeune homme de trente cinq ans qui se réveille un matin avec la gueule de bois et des cheveux de femme dans sa poche.  A qui sont-ils? Ce trentenaire adolescent a du mal à devenir adulte mais il découvre que tous ceux qui l’entourent sont exactement comme lui. Ses parents, son meilleur ami, ses voisins, son ex. Tous aussi barrés que lui. La pièce décrit de façon drolatique et désespérée l’imaginaire intime d’une société tchèque d’après le communisme, à laquelle l’individualisme démocratique ne semble pas vraiment avoir fourni un nouvel idéal. Comme tout se délite, la folie, le pétage de plombs, semble le seul moyen de répondre non à la pression mais à l’absence de pression sociale. Une sorte d’insoutenable légèreté de l’être (même si Zélenka dit détester Kundera) où ne reste plus que la difficulté à vivre ensemble, entre hommes et femmes, entre parents mal vieillis et enfants mal mûris.

Et le pire, c’est que c’est drôle.

La loufoquerie, la fantaisie onirique, l’humour noir,  rendent la détresse encore plus poignantes. La mise en scène exprime bien cette double dimension de l’absurde. Très praguois, me semble-t-il.

 

 

 


Comme toujours chez DRAO, le spectacle est très bien réglé. Le dispositif scénique est ingénieux, une sorte de « tournette » délimitant un espace  circulaire, et d’où tombent des voiles que l’on peut ouvrir ou fermer pour montrer l’intérieur d’un appartement. Les changements de décor se font sur une musique étrange, qui traduit bien le trouble des personnages. L’interprétation est excellente. Elle met bien en valeur le côté dingue des personnages, leur côté un peu marionnette, mais aussi leurs failles émouvantes.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Regarder vivre les femmes avec des yeux de femme
Et des yeux d’homme aussi
Donner une suite souple à chacune des pensées qui te passent par la tête
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Attendre le temps des cerises en croquant toutes les pommes
En cultivant ses souvenirs
Sur lesquels fleurissent les plus surprenantes métamorphoses
Penser à tout
Penser à rien

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