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le nectar et l'ambroisie

Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 18:37

 

 

Retrouvailles avec Jeanne Champagne, toujours aussi drôle et accueillante.

 

L'Eden Cinéma est l'adaptation que Duras elle-même écrivit du Barrage contre le Pacifique en 1977, presque trente ans après. Texte théâtral limite, dans lequel les personnages racontent l'histoire plus qu'ils ne la jouent, et où elle n'hésite pas à juxtaposer des monologues. On y retrouve la musique lancinante de Duras, la quintessence des situations du roman, mais peut-être pas cette violence du rapport d'amour et de haine qui lie la fille à sa mère, cette crudité aussi et cette sauvagerie tranquille des sensations qu'elle éprouve face aux corps des hommes, face à la forêt ou au fleuve, face à la ville coloniale, qui m'ont tant frappé dans le roman. Ce que Jeanne Champagne met en valeur, pour échapper au pathos, c'est la joie, l'humour ravagé, de cette étrange famille : la fille et le fils sur le point de s'en aller et qui ne sont retenus peut-être que par l'amour incestueux qui les lie, la mère massive, et, en guise de fantôme de père, le vieux serviteur indigène et muet.

 

 

 

 

Belle scénographie de Gérard Didier qui évoque d'un côté l'écran d'une salle de cinéma, de l'autre les pontons d'un rivage dont nous serions nous-mêmes l'océan Pacifique. Je revois cette umière jaune et vive dont on ne sait si elle est celle de la fin délétère d'un soir d'été, celle du matin d'une nouvelle vie, ou peut-être les deux.

 

http://publikart.net/wp-content/uploads/2012/02/eden-023.jpg

 

(photo trouvée sur publikart.net)

 

http://www.nanterre-amandiers.com/thumbnail/fit/190x/uploads/play/extras_977.jpgL'interprétation marquante d'Agathe Molière. Sa ressemblance physique avec Duras jeune est troublante. http://lyc-george-sand-la-chatre.tice.ac-orleans-tours.fr/eva/sites/lyc-george-sand-la-chatre/IMG/jpg/duras2.jpgPour des gens qui, comme moi, ont découvert Duras sous la forme de la vache sacrée prophétique des années 80, c'est une jolie surprise de découvrir la jeune fille drôle, fragile, émouvante, vive, qu'elle a aussi dû être et que nous rend si présente l'actrice. Comme un petit morceau de vie d'avant le mythe. Beau contraste aussi avec la mère massive, puissante, silencieuse (Tania Torrens).

 

http://static2.dmcdn.net/static/video/460/805/42508064:jpeg_preview_medium.jpg?20120321184920


Un monsieur Jo séduisant, alors que dans le roman il est riche mais laid, présenté d'emblée comme désespérément incapable de susciter le désir de Suzanne, et trouvant dans la frustration du sien de quoi s'exhausser un peu au dessus de lui-même jusqu'à ce qui pourrait ressembler à de l'amour. Ici, il n'est, plus banalement, qu'un Valentino, qu'un fantasme, qui finit à peine décoiffé par l'impertinence de sa presque partenaire, mais pourquoi pas? L'Eden Cinéma, c'est aussi celui que se fait l'adolescente...

 

Des moments d'attente, où rien ne se passe, parce que c'est une pièce sur l'attente. Le spectateur a le temps de les remplir de ses propres attentes.


Et puis les accents furieux de la dernière lettre de la mère aux agents du cadastre. Là, mes élèves, achevés par les monologues, ont décroché. Et pourtant elle est très forte, cette lettre envoyée par l'ancienne institutrice aux agents corrompus qui l'ont sciemment ruinée. Elle qui était chargée d'inculquer aux indigènes les bienfaits de la civilisation française, la voilà qui règle ses comptes en enseignant désormais aux paysans dont elle partage la misère la haine de l'administration coloniale. Préparant à son échelle le terrain pour l'irrésistible marée de la guerre d'indépendance. Ouvrant aussi à sa fille le chemin de ses révoltes futures. Echo actuel? Mes élèves en tout cas ne l'ont pas perçu.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 19:31

 

 

-Que dis-tu de mon décolleté?

-I love it!

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 22:39

 

http://img.filmsactu.net/datas/films/o/s/oslo-31-aout/xl/oslo-31-aout-affiche-4f4cdcd76be16.jpg

 

 

Poignant mais intense.

Joachim Trier s'est inspiré du "Feu follet", le roman de Drieu et le film avec Ronet.

J'y allais en craignant le pathos ou la léthargie et rapidement j'ai été happé.

 

 

 

 

D'abord par l'interprétation bouleversante de l'acteur principal, Anders Danielsen Lie. Par sa façon de regarder sans parler, sans plus faire de cadeau ni à lui ni aux autres, l'intensité du désespoir, l'amertume, la demande, la fragilité, la grâce, la lâcheté aussi. Par sa façon de parler, avec l'ancien copain de virée, le journaliste de l'entretien d'embauche, l'amie qui ne peut pas avoir d'enfant, dans des scènes où, en disant sa vérité dans de brusques embardées, il amène l'autre à ne plus mentir.

Par ces énumérations poétiques, un "je me souviens" collectif à la Pérec, une évocation des parents, tandis que la caméra se promène dans Oslo. Toutes ces femmes croisées qui pourraient peut-être lui permettre de recommencer. L'intensité de ces scènes de rue et de café banales où il regarde les autres en croyant reconnaître dans leurs conversations des échos de sa propre vie.

La grâce fugace ou un peu marquée de ces filles qu'il retrouve ou qu'il rencontre et qu'il n'a plus tout à fait la force d'aimer.

Et puis cette dérive en apesanteur à travers la dernière nuit du mois d'août, dans des fêtes, sur un vélo, au bord d'une piscine.

A l'orée d'une maison d'enfance.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 17:38

 

 

God knows what is hiding in those weak and drunken hearts
I guess you kissed the girls and made them cry
Those Hardfaced Queens of misadventure
God knows what is hiding in those weak and sunken eyes
A Fiery throng of muted angels
Giving love but getting nothing back

People help the people
And if you're homesick, give me your hand and I'll hold it
People help the people
And nothing will drag you down
Oh and if I had a brain, Oh and if I had a brain
I'd be cold as a stone and rich as the fool
That turned all those good hearts away

God knows what is hiding in this world of little consequence
Behind the tears, inside the lies
A thousand slowly dying sunsets
God knows what is hiding in those weak and drunken hearts
I guess the loneliness came knocking
No one needs to be alone, oh save me

 

 

 

Il paraît qu'elle n'a pas quinze ans? Belle maturité dans cette reprise. Le clip est beau, ballade pas dans Londres mais dans les gens qui l'habitent.

J'aime beaucoup aussi "Skinny Love", délicatesse de l'adolescence.

 

 

 

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 10:51

 

http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/01/Chronicle-affiche.jpgHééééé pas mal du tout. La bonne surprise.

Le pitch (trois ados recevant des superpouvoirs et décidant de les garder pour eux plutôt que de sauver le monde) m’avait amusé. D’ailleurs, tout le début du film est dans ce ton parodique, de « Blair Witch » pour les fausses prises de vue réelles, de « Spiderman » pour l’expérimentation ludique des superpouvoirs. C’est déjà un mélange des genres réjouissants. Et l’alliance entre le côté bricolo de la caméra vidéo et des effets spéciaux est bluffant. Je repense à une scène « en plein ciel » totalement jouissive ou à l’affrontement final en pleine ville. Comme dans « Super 8 » mais de façon plus intéressante, l’idée du tournage dans le tournage nous montre que tout ça, c’est du cinéma, et, waouh, ça fonctionne bien.

 

 


 

 

 

Mais il y a peut-être quelque chose de plus. Car l’intuition de départ est très juste : inscrire le monde des super-héros dans celui de l’adolescence, qui est l’âge de ce fantasme de toute puissance, capable d’exprimer le désir et la peur de la métamorphose réelle en train de s'opérer. http://blog.1001actus.com/files/2012/01/chronicle-bande-annonce-1-355579.jpgCette intuition est travaillée tout au long du film. Le personnage principal, en butte aux brimades de ses condisciples de lycée, à la violence de son père, à la maladie de sa mère, est d'une fragilité attachante (belle performance de Dane DeHaan en vieil enfant se prenant peu à peu pour un "prédateur alpha"). Les deux autres, bien dessinés au départ, sont moins fouillés et peinent un peu à équilibrer le conflit. Néanmoins, le film peut nous proposer aussi une peinture de la vie d’un teenager américain dans une petite ville de province à la déréliction ordinaire. Finalement, cet Andrew contemporain et ses deux copains ne sont pas si éloignés de leurs frères anciens de « L’éveil du printemps » sur lesquels je travaille actuellement. Le thème du superpouvoir, comme, dans la pièce allemande, l’onirisme de la forêt, devient un moyen symbolique d’exprimer le délire, l’énergie déconnante, la futilité, mais aussi la rage désespérée, l’aspiration à se donner des règles, et celle parallèle à les trangresser et à partir en vrille, à tout casser pour tout résoudre de ce qui oppresse. Bref, la parodie de film de superhéros devient un beau film sur l’adolescence.

Il m’a évoqué, en moins complexe plus ludique, moins abouti sans doute, l’extraordinaire « Donnie Darko » de Richard Kelly, sorti il y a tout juste dix ans. Même volonté d’utiliser les codes du film de genre (dans un cas le film fantastique, dans l’autre le film de superhéros) pour explorer l’âge des métamorphoses. Cela me fait penser qu’on n’a pas eu beaucoup de nouvelles de Richard Kelly depuis, ou alors je les ai manquées. Josh Trank, dont c’est le premier film, déjà très maîtrisé, aura-t-il lui aussi une carrière météore ou bien continuera-t-il à parcourir les films de genre pour nous donner des nouvelles de la jeunesse américaine ? A suivre.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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