Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 10:46

 

« The descendants » et « Another happy day ». Evidemment, il faut être fou pour aller voir ces deux films à la suite, ces deux comédies l’une sur l’autre ont de quoi plonger le spectateur le plus béat dans la dépression. Mais ils continuent à me poursuivre. Je repense à leurs points communs.

Un même sujet : la famille. Le seul qui puisse encore aujourd’hui provoquer ce mélange d’exaspération et de fascination? 

L’un explore la figure du père (dépassé et qui finit par s’investir), l’autre celui de la mère (névrosée).

Dans les deux films, la présence de la mort, celle de la femme aimée, celle du patriarche.

Deux personnages forts d’adolescent : la fille paumée et qui finit par s’assumer dans "The Descendants", le garçon instable dans "Happy Day". Incarnés par deux jeunes comédiens à forte présence.

Le vrai sujet du film : la relation entre les parents adultes et leurs enfants adolescents. Parfois les parents paraissent des adolescents et les adolescents adultes. Parfois seulement : il faut que les parents deviennent capables d’assumer leur statut d’adulte pour que les adolescents puissent rester dans le leur.

Les deux images finales : une certaine recomposition de la famille après la menace d’éclatement. Familles contemporaines plus résistantes de s’être ainsi dilatées presque jusqu’à exploser ? Familles nucléaires plus résistantes finalement que nos centrales atomiques ?

Mais ce qui est surtout frappant, c’est le ton, ce mélange très singulier de drame et de comédie. Pas des comédies dramatiques, plutôt des drames comiques, ou des drames caustiques. D’où la difficulté de les ranger dans les cases des genres, d’où le côté déconcertant pour les spectateurs, mais d’où aussi la capacité à saisir l’air du temps. Ces deux films captent quelque chose de l'atmosphère instable de notre époque. 

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 18:58

 

 

 

http://media.rtl2.fr/online/image/2012/0131/7742943029_another-happy-day.jpg  

 

J'écoute les réactions de deux spectatrices placées derrière moi, tandis que finit de défiler le générique. L'une d'entre elles s'exclame : "bon, excuse-moi, hilarant, comme ils disent sur l'affiche, c'est presque de la publicité mensongère! " Mais ensuite elles restent assises sur leurs sièges à discuter du personnage de la mère. D'ailleurs, moi non plus je n'ai pas envie de quitter la salle, pour continuer à penser à cette famille que nous venons de suivre dans un week-end de fête tournant au jeu de massacre. Il est sûr qu'avec ce portrait de groupe d'une famille américaine réunie pour un mariage, on n'est pas dans une comédie banale. Plutôt dans un drame vu à la fois de très près, au plus intime, et dans la distance d'une ironie vache mais réjouissante. Etonnant. 

 

 

 

 

 


 

 

Etonnant ce personnage de la mère, incarnée de manière impressionnante par Ellen Barkin. Elle prend tellement sur ses épaules toutes les névroses de sa famille, elle est tellement à la limite perpétuelle de l'hystérie, tandis que tout le monde autour d'elle s'acharne à lui répéter que tout va bien, que le spectateur en vient peu à peu à douter, à se demander si les autres n'ont pas raison, si elle n'est pas vraiment barge. On nous demande de voir le monde avec les yeux hypersensibles d'une femme non pas au bord de la crise de nerfs mais largement au delà. On nous place à l'intérieur de l'hystérie, dans une façon plus intense de ressentir les conflits humains, dans cette espère d'énergie fébrile et délirante que peut prendre parfois la fragilité poussée à son extrême. C'est toujours inconfortable et souvent très drôle.

Une sorte de "Festen" mais avec de l'humour. Des dialogues vaches et brillants.

http://3.bp.blogspot.com/-nrJ8CuKB0js/TzBXvQ2jhmI/AAAAAAAAC4c/nZMP1QK56o0/s1600/another-happy-day+ending.jpgUn ado suicidaire et caustique joué avec magnétisme par Ezra Miller. A chacune de ses apparitions, il y a vraiment quelque chose qui se passe sur l'écran.  

La délicieuse Kate Bosworth qui joue la fille aînée, ange blond d'une innocence ravagée et ravageuse.http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/20758/another-happy-day-2012-20758-76526767.jpg

Les personnages secondaires d'une famille américaine, plus caricaturaux que nature, d'où se détachent Demi Moore, absolument royale en salope, et Ellen Burstyn, qui joue la grand mère, mettant autant d'énergie hautaine à prétendre que tout va bien que sa propre fille met de panique lamentable à ressentir que tout va mal. L'une veut tout cacher, l'autre tout dévoiler. Elles ne se comprennent pas et pourtant elles sont vraiment les mêmes. Deux façons de porter la famille à bout de bras.

Frappé aussi par le ton très singulier qu'adopte Sam Levinson (le fils de Barry, dont c'est le premier film) pour raconter son histoire, toujours sur le fil entre drame et comédie, et tentant avec succès de réunir les deux dans la même scène. Par exemple celle de l'insomnie de la reine mère, que sa fille surprend pour une fois sans maquillage ni protection en pleine crise de lucidité désespérée. Ou la scène d'aveu de l'ex-mari. Ca commence par quelques rosseries bien caustiques, puis soudain, enfin, l'émotion naît, on se rapproche du personnage, en gros plan, on va à fond dedans, dans la réconciliation larmoyante, très beau passage, mais crac, pour finir, une dernière rosserie qui vient rétablir la distance. Ce dernier petit éclat de rire méchant après les larmes nous montre comme il est difficile pour ces personnages de faire un pas sincère l'un vers l'autre sans s'en repentir aussitôt. Aussi difficile que dans la vraie vie.

Le tout très prenant, très vache, très jubilatoire.

Et la dernière image : là aussi, comme dans "the Descendants", mais de manière moins univoque, proposant une réconciliation familiale? Fin ouverte, qui donne envie, après le film, de rester dans la salle pour s'interroger sur ces personnages dont l'habileté suprême est de nous montrer les efforts pour échapper à des hantises qu'on ne nous explique jamais tout à fait : est-ce que la mère est folle? Et le fils? Qu'est-ce qu'a vécu la fille? Pourquoi ces étranges relations avec son père?

Drôle de comédie. Pas hilarante, non, mais jouissement névrotique. Une vraie réussite.

 


Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 20:33

Ah putain, elle vient à peine de commencer et j'en ai déjà marre de cette campagne électorale. Tous ces appels au "peuple de France", toute cette vulgarité, toute cette hypocrisie! Ces grosses caisses, ces trémolos, ces cymbales, est-ce que vraiment ça fait vibrer quelqu'un? Ce week-end, on a eu l'impression d'entendre plusieurs fanfares, toutes aussi ringardes les unes que les, se mettre à massacrer en même temps "la Marseillaise", simplement pour essayer de couvrir le bruit de la voisine. Encore deux mois à passer dans ce vacarme?

Bon, allez, mettons notre casque sur nos oreilles et prenons un peu de distance :

 

 

 

Par christophe bouquerel - Publié dans : journal de bord
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 11:29

http://www.actucine.com/wp-content/uploads/2012/01/The-Descendants.jpgPresque surpris d'avoir bien aimé. Un film subtil, pas du tout la guimauve romanesque que son affiche pouvait laisser craindre. Au contraire, un film assez délectable.

 

Pas seulement à cause de Clooney, qui en fait presque trop dans le anti-héros ridicule mais touchant (je le revois en train de courir fou de rage, mais en tong et en bermuda, le long d'une route au moment où il vient d'apprendre que sa femme le trompait). Bon, on a tellement l'habitude de critiquer les paresses du glamour hollywoodien qu'on ne va quand même pas se plaindre de voir une star jouer au second degré avec son image de séducteur.


Mais le film a bien d'autres richessse que la "performance" d'anti-héros de sa tête d'affiche. Bien sûr, il y a des scènes drôles, presque burlesques, mais il y a aussi une peinture fine, caustique et décalée, de la société hawayienne basculant dans la modernité et des hurluberlus qui continuent à la peupler, le personnage secondaire d'un ado crétin pas si crétin que ça, celui d'un rival flamboyant pas flamboyant du tout, le portrait en creux d'une femme forte piégée par l'amour, le portrait en relief d'un homme faible redevenant fort parce qu'obligé de s'impliquer, une réflexion sur le deuil et aussi sur l'ignorance que l'on peut avoir de son partenaire amoureux lorsqu'on ne le regarde plus. Et surtout le joli parcours d'une adolescente devenant une adulte, traversant sa rage pour se réconcilier avec sa mère, avec son père, et trouver sa place dans sa famille (Shailene Woodley).

 

 

 

 

 

 

Finalement, c'est peut-être ça, le vrai sujet du film, le parcours l'un vers l'autre d'un père absent et de son adolescente de fille. Mais c'est fait sans pathos. Ce qui m'a séduit, c'est la façon dont Alexander Payne maintient son film sur le fil entre l'émotion et le burlesque, la comédie et le drame, sans jamais basculer ni dans l'un, ni dans l'autre. Me revient à l'esprit la scène où la femme trompée vient saluer sur son lit de mort la maîtresse : on commence dans le pathos et on finit dans un réjouissant massacre.


L'image finale : un clin d'oeil presque tendre à une réconciliation (on regrette presque que le petit ami gogol en soit exclu). Mais elle est acceptable. Elle est méritée.

Par christophe bouquerel - Publié dans : le nectar et l'ambroisie
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 11:07

Elle me parle de sa Saint Valentin et m'explique qu'elle a été plus satisfaite que déçue de ne pas recevoir de proposition  : "dans le fond, je préfère rester célibataire. Tu comprends, je n'ai pas envie de m'engager dans une relation sentimentale. Je suis trop jeune pour ça. Je ne suis qu'en sixième."

Par christophe bouquerel - Publié dans : journal de bord
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