Lundi 20 février 2012
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18:58
J'écoute les réactions de deux spectatrices placées derrière moi, tandis que finit de défiler le générique. L'une d'entre
elles s'exclame : "bon, excuse-moi, hilarant, comme ils disent sur l'affiche, c'est presque de la publicité mensongère! " Mais ensuite elles restent assises sur leurs sièges à discuter
du personnage de la mère. D'ailleurs, moi non plus je n'ai pas envie de quitter la salle, pour continuer à penser à cette famille que nous venons de suivre dans un week-end de fête tournant au
jeu de massacre. Il est sûr qu'avec ce portrait de groupe d'une famille américaine réunie pour un mariage, on n'est pas dans une comédie banale. Plutôt dans un drame vu à la fois de très près, au
plus intime, et dans la distance d'une ironie vache mais réjouissante. Etonnant.
Etonnant ce personnage de la mère, incarnée de manière impressionnante par Ellen Barkin. Elle prend tellement sur ses
épaules toutes les névroses de sa famille, elle est tellement à la limite perpétuelle de l'hystérie, tandis que tout le monde autour d'elle s'acharne à lui répéter que tout va bien, que le
spectateur en vient peu à peu à douter, à se demander si les autres n'ont pas raison, si elle n'est pas vraiment barge. On nous demande de voir le monde avec les yeux hypersensibles d'une femme
non pas au bord de la crise de nerfs mais largement au delà. On nous place à l'intérieur de l'hystérie, dans une façon plus intense de ressentir les conflits humains, dans cette espère d'énergie
fébrile et délirante que peut prendre parfois la fragilité poussée à son extrême. C'est toujours inconfortable et souvent très drôle.
Une sorte de "Festen" mais avec de l'humour. Des dialogues vaches et brillants.
Un ado suicidaire et caustique joué
avec magnétisme par Ezra Miller. A chacune de ses apparitions, il y a vraiment quelque chose qui se passe sur l'écran.
La délicieuse Kate Bosworth qui joue la fille aînée, ange blond d'une innocence ravagée et ravageuse.
Les personnages secondaires d'une famille américaine, plus caricaturaux que nature, d'où se détachent Demi Moore,
absolument royale en salope, et Ellen Burstyn, qui joue la grand mère, mettant autant d'énergie hautaine à prétendre que tout va bien que sa propre fille met de panique lamentable à ressentir que
tout va mal. L'une veut tout cacher, l'autre tout dévoiler. Elles ne se comprennent pas et pourtant elles sont vraiment les mêmes. Deux façons de porter la famille à bout de bras.
Frappé aussi par le ton très singulier qu'adopte Sam Levinson (le fils de Barry, dont c'est le premier film) pour raconter
son histoire, toujours sur le fil entre drame et comédie, et tentant avec succès de réunir les deux dans la même scène. Par exemple celle de l'insomnie de la reine mère, que sa fille surprend
pour une fois sans maquillage ni protection en pleine crise de lucidité désespérée. Ou la scène d'aveu de l'ex-mari. Ca commence par quelques rosseries bien caustiques, puis soudain, enfin,
l'émotion naît, on se rapproche du personnage, en gros plan, on va à fond dedans, dans la réconciliation larmoyante, très beau passage, mais crac, pour finir, une dernière rosserie qui vient
rétablir la distance. Ce dernier petit éclat de rire méchant après les larmes nous montre comme il est difficile pour ces personnages de faire un pas sincère l'un vers l'autre sans s'en repentir
aussitôt. Aussi difficile que dans la vraie vie.
Le tout très prenant, très vache, très jubilatoire.
Et la dernière image : là aussi, comme dans "the Descendants", mais de manière moins univoque, proposant une réconciliation familiale? Fin ouverte, qui donne
envie, après le film, de rester dans la salle pour s'interroger sur ces personnages dont l'habileté suprême est de nous montrer les efforts pour échapper à des hantises qu'on ne nous explique
jamais tout à fait : est-ce que la mère est folle? Et le fils? Qu'est-ce qu'a vécu la fille? Pourquoi ces étranges relations avec son père?
Drôle de comédie. Pas hilarante, non, mais jouissement névrotique. Une vraie réussite.